| La guerre des données (2) : du logiciel au Web |
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| Ecosystèmes - La guerre des données |
| Écrit par Damien Roussat |
| Mercredi, 14 Avril 2010 10:43 |
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2010. Le Web est partout. Quelle entreprise ne dispose pas de site Web (dans la pratique, de nombreuses micro-entreprises cependant) ? Quelle structure n'est pas connectée au Web, où ne dispose pas d'email pour la contacter ? On observe depuis de nombreuses années déjà un mouvement de déplacement des logiciels stand alone sur le Web. De plus en plus de technologies, avant disparates et séparées, sont désormais capables de communiquer entre elle et d'enrichir les applications qui les utilisent. La séparation entre le contenu (les données), l'interface (le graphisme, l'affichage) et le lien entre les deux (le traitement, les règles logiques, les actions) est plus nette que jamais (issu de l' architecture MVC, Modèle-Vue-Contrôleur). Sur le Web, les trois entités constituent d'ailleurs parfois trois métiers très différents : le design/graphisme, la programmation, et les bases de données. Voilà qu'elle se rapproche encore... la guerre des données. (...)
Cet article est le second d'une série de vulgarisation sur l'enjeu des données informatiques. Pour ne rien en perdre, vous êtes invité, si vous ne l'avez pas encore fait, à consulter le premier article sur ce sujet, la guerre des données : une introduction. Pour ne pas alourdir l'article, les notions importantes ont un lien vers l'article Wikipédia lié, que je vous invite également à parcourir dans la foulée.
Nous avons évoqué comment, avec l'éclosion du Web, les logiciels standards s'étaient spécialisés notamment par rapport aux métiers, pendant que les logiciels Web prenaient leurs marques, tout deux supportés de plus en plus incontournablement par des bases de données. Nous nous posions alors la question suivante : et alors, en quoi cela nous intéresse-t-il ? Pour le savoir, il nous faudra faire encore un peu d'histoire logicielle (entre autre).
Avec l'essor d'Internet au début des années 2000, puis sa croissance comme nous ne l'aurions jamais imaginé pendant cette première décennie de 21e siècle, l'industrie du logiciel stand-alone commence à s'inquiéter très fortement de ce nouveau challenger qui vient marcher sur leurs plates-bandes. En effet, la simplicité du protocole HTTP permettant de récupérer les informations des serveurs Web, l'envolée des chartes graphiques et thèmes visuels qui touchent une large population (dans celle qui a accès au Net, bien évidemment) - plus que celle des austères interface des logiciels de l'époque - fait du Net "the place to be".
Les industriels se mettent alors à développer des ponts entre les langages et applications stand alone et Web, permettant l'embarquement d'une technologie dans l'autre, et vice-versa. C'est ce qui favorise notamment le développement fort de la notion d'interopérabilité, qui suggère que tout le monde serait plus content si les données qui doivent être échangées entre des applications hétérogènes (comme c'est de plus en plus le cas sur le Web à cette époque) étaient du même format, ou du moins si le nombre de formats existants était très limité. La guerre des formats et des standards est une branche importante de "la guerre des données", telle que j'aime à l'appeler, mais il n'est pas encore temps d'en parler plus en détails.
Donc, les frontières entre langages (classiques ou orientés Web) et types de logiciels (stand alone ou Web) se brouillent avec la montée des enjeux économiques industriels. Ce qui est, accordons-le, une très bonne chose, car cela vient enrichir fortement les possibilités de création et d'innovation, ouvrant une brèche énorme pour différents acteurs connexes - comme ceux de la communication et du marketing - pour tenter de nouveaux modèles économiques basés sur l'énorme portée de la Toile et son moindre coût par rapport à des stratégies de publicité classique. C'est d'ailleurs à ce même moment que Google est petit à petit sacralisé monstre de l'Internet en atteignant des milliards de valorisation boursière.
Vous l'aurez deviné (n'est-ce pas ?), c'est à ce moment que la tendance la plus agaçante (car elle est utilisée partout tout le temps, et parfois à tort et à travers) du Web s'impose : le Web 2.0. Cet Web, parfois appelé chez les anglo-saxons "social Web", change du Web originel en cela qu'il permet à l'utilisateur d'interagir avec le programme ou l'application, de dicter un comportement ou une action ; bref, il arrête d'être passif pour devenir un facteur clé du fonctionnement et surtout de la plus-value de l'application. Si ce terme a été autant repris et décliné (entreprise 2.0, musique 2.0, ...), c'est qu'il s'agit vraiment d'un changement important de paradigme dans le monde logiciel. Avant, certes, l'utilisateur était considéré comme central dans la conception de l'interface (c'est ce à quoi sert l'ergonomie), mais ces interactions se limitaient à une configuration de préférences relatives à des données techniques ou visuelles. L'audience touchée par le Web permettait désormais d'avoir une base de connaissance comportemental sans commune mesure avec l'audience d'un logiciel d'alors. Imaginez, des millions de personnes qui laissent leurs traces, des informations sur la façon dont ils vous regardent, vous touchent, vous imaginent, vous parlent, quelle mine d'or ! C'est ainsi qu'est né également la problématique de la sécurité des données personnelles, ou l'on commence à se poser des questions quant aux libertés fondamentales, quant à l'atteinte faite à notre vie privée dans cette exhibition de caractéristiques culturelles et personnelles. Déjà, le Web commence un peu trop à se mêler de ce qui ne le regarde pas...
Et cette phrase ne peut qu'immanquablement nous amener vers Facebook et les réseaux sociaux (et si, il faut y passer !), avatars du Monde 2.0. Permettant de se créer une identité virtuelle et d'interagir non pas tant avec le programme qu'avec les autres utilisateurs, les réseaux sociaux ouvrent de nouveaux champs, de nouvelles formes de liens sociaux, propulsant tout une génération dans le monde virtuel et ses eaux troubles, ses identités biaisées et son soi-disant masque de sécurité sur qui nous sommes vraiment.
Cet article est un bon exemple, je pense, d'illustration de comment nous sommes passés, d'une industrie spécifique (l'informatique), à des usages généralisés de non-professionnels et non-connaisseurs en masse (le Web et ses usages). En effet, avec la demande de plus en plus forte, l'informatique se spécialise de façon drastique. Il est déjà impossible depuis plusieurs années de "tout connaître", même pour un généraliste, sur l'informatique. Et quand on observe la façon dont les usages se complexifient exponentiellement, on imagine sans peine la tripotée de spécialisations à venir. Où réside alors la valeur générée par cette énergie et cette consommation grandissante du Web et des logiciels qui lui sont liés ? Dans les usages du Web ou dans la complexité des logiciels ?
La réponse au prochain épisode de "la guerre des données" bien sur ! Ne manquez pas l'épisode 3, "la guerre des données : la tête dans les nuages"... |






