Retour sur l'OpenData Camp Paris (1/2) PDF Imprimer Envoyer
Ecosystèmes - La guerre des données
Écrit par Damien Roussat   
Mercredi, 16 Décembre 2009 10:53

Samedi dernier, le 12 décembre, se tenait à la Cantine à Paris le premier OpenData Camp Paris, que j'ai évoqué lors d'un article sur le site NosDéputés.fr. Fort de 120 inscrits et d'organisateurs influents comme la FING, la Netscouade et le jeune collectif RegardsCitoyens.org, ce barcamp dédié à l'ouverture des données sur le Web était une étape importante de fédération de la communauté française autour de ces problématiques. Le contenu de cet article est tiré du compte-rendu que j'ai retranscris lors de la première session : "implication de deux territoires français dans une expérimentation d'ouverture de données publiques, permettant la construction de 40 applications innovantes". Au vu de la richesse des débats, ce compte-rendu reformaté pour l'occasion sera divisé en deux articles, dont voici la première partie. (...)

 

L’existant en matière d'ouverture des données publiques

Plusieurs sites proposés par des instances publiques, des entreprises ou par des organisations de la société civile existent déjà. Certains proposent l'accès aux données, d'autres mettent en avant une visualisation "user-friendly" de ces données, certains font les deux. Aujourd'hui, la plupart de ces applications sont issues du monde anglo-saxon, plus particulièrement des Etats-Unis et d'Angleterre.

De grandes villes américaines ont déjà leur portail officiel comme New York (NYC DataMine), Washington et sa région (District of Columbia Data Catalog), et San Francisco (Data SF). Ces portails s’intéressent aux informations locales comme l’hygiène des restaurants, le taux de criminalité ou même l’emplacement des toilettes publiques. La demande des habitants tourne beaucoup autour de la sécurité et d’une possible exploitation économique des données (pour l’immobilier notamment). La possibilité de noter les datasets (pour leur pertinence, leur intérêt ou leur qualité) permet également d’impliquer les habitants dans l’amélioration des données mises à leur disposition. D’autres instances publiques, comme le Département des Transports du Massassuchets, agrègent des données relatives aux transports dans une localité précise.

Plusieurs applications tierces se sont construites autour de ces sources de données et sont présentées sur des espaces dédiés, comme le DataSF App Showcase pour San Francisco, Apps for Democracy pour Washington D.C. ou encore NYC BigApps pour la ville de New York. Des organisations comme DevelopmentSeed ou la fondation Sunlight sont particulièrement actives dans ce domaine.

Au Royaume-Uni, le collectif MySociety.org semble très présent avec des applications comme FixMyStreet qui permet de notifier la ville d’un lampadaire cassé, d’un problème de voirie, d’une fuite, etc. On peut noter que ce type d’application avait été expérimenté par la NetScouade dans la ville de Marseille lors du projet Démo-cartes. D’autres projets, comme le Comprehensive Knowledge Archive Network (de l'Open Knowledge Foundation), émane nt d’organisations de la société civile et ouvrent l’accès à plusieurs sources de données publiques.

Pour les données gouvernementales, l’Angleterre et la France suivent le modèle américain et son site data.gov. En France, l’Agence du Patrimoine Immatériel de l’Etat (APIE) prévoit la sortie d’un équivalent français pour 2011, dans le cadre du plan France Numérique 2012.

En France, le collectif RegardsCitoyens.org, à l’origine du site NosDeputés.fr, a organisé le matin du barcamp un « lâcher de données » extraites des sites du gouvernement français. AirParif, l’organe de surveillance de la qualité de l’air en Ile-de-France, a mis en place un site permettant le suivi presque temps réel de la qualité de l’air sur l’autoroute A86, l’ObsAirvatoire A86 ouest. DataPublica, un projet de plateforme de mise à disposition de datasets, coréalisé par trois acteurs industriels (Araok, Nexedi et Talend) et retenu dans le cadre de l’appel à projet de Nathalie Kosciusko-Morizet « Web innovant », a été évoqué et présenté lors d’une autre session dans l’après-midi.

L’ouverture des données au niveau des organes publics locaux

Plusieurs questions se sont posées sur la procédure à suivre pour présenter un projet d'ouverture des données à un territoire/collectivité, et sur les conditions de sa réussite.

Le cadre légal propre à l’exploitation des données publiques est défini par la loi du 17 juillet 1978. Au niveau européen, la directive INSPIRE offre un cadre à la libération de données (à l'exploitation des informations publiques). Mais la loi du 17 juillet ne précise pas la gratuité des informations ainsi mises à disposition. Ainsi se pose une première question du coût de l’accès aux données ; en effet, bien que tout le monde semble s’accorder sur le fait que ces données à caractère publique doivent être gratuites, la mise en œuvre de cette libération n’est pas gratuite et incomberait au fournisseur de données, ici l’agence publique locale, mairie ou collectivité. Certaines personnes ont exprimé leur avis en faveur d’un partage éventuel des coûts, quand pour d’autres il semblait évident que l’Etat devait prendre en charge ces coûts.

Offrir alors aux communes la perspective d’un retour sur investissement pourrait être une carotte intéressante pour s’assurer un tant soit peu le soutien des élus locaux. Au Canada par exemple, l’affichage des consommations d’eau et d’électricité eut pour effet de réduire cette même consommation en provoquant une prise de conscience des citoyens. Les services du cadastre dans les différentes communes françaises pourraient aussi  y trouver leur intérêt face aux notaires qui créent de la valeur sur ces données (en conseillant leurs clients sur les meilleures implantations) particulières ou commerciales.

Cependant, si la question du coût devenait un sujet trop problématique, un premier consensus pourrait être imaginé en proposant la gratuité des services basés sur ces données, mais seulement pendant la durée de l’expérimentation.

 

La suite de ces discussions est retranscrise dans une deuxième partie disponible dans cet article.