| Séminaire LIENS : la production de connaissance sur les problématiques sociales |
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| Entrepreneuriats - Gestion des connaissances |
| Écrit par Damien Roussat |
| Mercredi, 24 Mars 2010 10:35 |
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Connaissez-vous cette initiative qui, avec la tendance des collectifs qui agitent ces débuts 2010 comme le Mouvement des Entrepreneurs Sociaux, tente de faire bouger le paysage de l'innovation sociale français - ou tout du moins parisien ? Rebaptisé LIENS, pour Laboratoire d'Innovation en Ecosystèmes Numériques et Sociaux, ce projet collectif, mené par Eric Chatry, fondateur de Reconnect, a fait des pieds et des mains depuis les trois derniers mois pour essayer de fédérer différents acteurs et réseaux hétérogènes autour d'un projet collectif de remontée des besoins sociaux. C'était, lundi dernier, leur premier séminaire de travail. Cet article provient du compte-rendu d'un des chantiers sur la production de connaissance sur les problématiques sociales. (...)
Production de connaissances : experts et "sachants"
La production académique et théorique de connaissances sur les problématiques sociales est très dense ; d'autant plus dense qu'elle n'est pas fortement recapitalisé par ceux qui la produisent, les laboratoires de recherche et les universités, sinon à travers les labos recherche-action (comme le LISRA), d'après plusieurs académiciens présents à l'atelier. Cette capitalisation est requise de plus en plus, alors que les volontés montent plus désormais du terrain vers les hautes sphères (approche bottom-up) que le contraire (top-down), ainsi qu'un certain nombre d'autres fonctions comme l'agrégation de connaissances, l'implication des politiques ou l'efficience de l'innovation dans ce domaine, innovation d'ailleurs souvent freinée par la courbe d'apprentissage de ces outils qui servent à les manipuler (les connaissances).
Les participants ont soulevé plusieurs questions relatives à ces informations sur les problématiques sociales : quelle doit être la durée de vie de cette information ? Comment qualifier la pertinence de sa source ? Dans quelle mesure est-elle "objective" ? Il a été exprimé qu'il fallait plutôt voir cette objectivité comme une somme convergente de subjectivités, plutôt qu'une objectivité arbitrairement imposée. Cette question de pertinence s'applique différemment selon les publics auxquels elle s'adresse : parle-t-on des experts dans le domaine, ou des "sachants", les personnes directement concernées par ces problématiques ? Selon le public, cette même connaissance devra être adaptée dans sa forme, car chacun ne dispose pas forcément de la même éducation ou des mêmes connaissances théoriques sur tel ou tel sujet connexe. Pour être plus clair, il ne faudrait pas que cette connaissance, produite par les personnes dans le besoin selon leur expérience propre, ne leur soit pas retournée sous une forme ou sous une autre, au profit de ces mêmes experts qui en tirerait le bénéfice de leur analyse.
Problématiques sociales et territoires
De nombreuses actions ou expérimentations dans le champ social sont financées ou organisées par les collectivités territoriales. Disposant de moyens dédiés, proches du terrain la plupart du temps, elles représentent l'acteur idéal pour appuyer ces travaux coûteux et nécessitant souvent une pluralité d'acteurs tiers : consultants, sociologues, anthropologues, journalistes, chercheurs ... Les labos recherche-action, également, fonctionne de façon segmentée géographiquement en effectuant des applications itératives sur un territoire donné. Cette multiplicité des parties prenantes doit s'exercer conjointement avec les populations "étudiées", dans une logique de co-conception de projet et de co-production de connaissances : mieux vaut se concentrer sur une expérience limitée à un petit groupe de personnes, plutôt qu'un sondage trop rapide sur un échantillon large de population ; privilégier la granularité sur l'exhaustivité, c'est faire attention à la personne avant les chiffres qui les représentent froidement.
La 27e région, représentée à ce chantier sur leur programme "Territoires en résidence", partageait son retour d'expérience sur une approche locale et interdisciplinaire de création de valeur croisée ; une façon pour les "experts" de s'emparer de leur sujet d'étude, et de confronter leur vision avec une réalité directement sensible, une façon de ne pas non plus laisser la description des besoins uniquement aux personnes les ressentant, le manque d'expertise risquant de favoriser un conformisme et un clientélisme accru au système actuel.
Quels outils pour gérer cette connaissance, une fois produite ?
LIENS va avoir besoin, pour capturer, préserver puis retranscrire cette connaissance, d'outils numériques adaptés. Quels sont-ils ? Il semble encore trop tôt pour le dire, cependant il a été fortement souligné que ce point ne devait pas être sous-estimé, notamment en ce qui concerne l'indexation de ces contenus pour une recherche pertinente, sous peine de voir ce contenu enseveli sous une foule d'autres informations parasites, ce qui viendrait ruiner tout le long travail de remontée des besoins sociaux alors effectué sur le terrain.
Plutôt que de mettre en place un outil lourd et couteux, difficile à maintenir et techniquement perfectionné (donc risqué), l'idée de privilégier une veille souple de l'évolution des besoins remontés, et leur classification progressive, puis de procéder à une série d'expérimentations territoriales a été longuement discutée. Attention de ne pas tomber dans le piège du tout technologique, sous forme d'usine à gaz ; privilégier une approche par les usages, centré sur le bénéficiaire final.
Propriété intellectuelle et valorisation de la connaissance
Ces discussions ont amené une autre question récurrente : celle des sous et du pouvoir. Qui tire parti des connaissances produites, comment et à quelles fins ? Cette connaissance des problématiques sociales, issues de besoins et d'usages remontés du terrain, a une valeur. Cette valeur, bien que mise en forme par des praticiens et des "experts", provient en matière brute des sachants, qui les vivent au quotidien. Si le but de LIENS est d'utiliser cette connaissance pour l'intérêt général du plus grand nombre, alors cette connaissance doit être la plus libre possible, et donc la moins verrouillée par une politique serrée de propriété intellectuelle. Ou plutôt, cette propriété intellectuelle devrait explicitement être définie comme la plus large possible, ce qui n'empêche pas ceux qui y ont contribué ou qui l'ont produite, d'être reconnus officiellement comme tel.
Enfin, pour valoriser cette connaissance, encore faudrait-il s'entendre sur une définition commune de la valeur, dans ces cas. Et ça, c'est loin d'être gagné, car la valeur est au coeur des débats les plus animés de l'économie sociale et du monde associatif. L'intérêt de LIENS réside peut-être là-dedans également : expérimenter une approche partagée de la notion de valeur de la connaissance sur ces sujets, et surtout partagée par les gens qui vivent ces problématiques. Un défi de plus, mais un espoir de taille !
Conclusion
En France, où penser est une seconde nature (en caricature), mais où le passage de l'abstrait à l'opérationnel est bien moins évident que chez nos voisins anglo-saxons par exemple, ce projet collectif est un vrai défi. Prometteur, mais difficile à mettre en oeuvre de façon efficace. Les participants ont néanmoins relevé plusieurs points qui pourrait favoriser une réussite de ce projet : favoriser les dialogues entre parties prenantes (qui permettent l'enrichissement mutuel), contextualiser, faire circuler la connaissance (agréger et transmettre), expérimenter des solutions en même temps que la remontée des problèmes, et accroitre l'appropriation des problématiques remontées par des porteurs de projets à identifier, pour garantir la réussite de ces solutions socialement innovantes.
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