Rêve ou réalité : vers un Social Stock Exchange ? PDF Imprimer Envoyer
Ecosystèmes - Infrastructures
Écrit par Damien Roussat   
Mardi, 17 Novembre 2009 10:08

L'économie alternative, qui s'est rapprochée ces dernières années de l'économie de marché avec l'émergence de l'entrepreneuriat social et de l'économie tournée vers les plus démunis, dits de "Bottom of the Pyramid (BoP)" (popularisé par le livre The Fortune at the Bottom of the Pyramid de C.K. Prahalad), a souvent regardé les marchés financiers comme un mi-démon, mi-ange. Poussée par les activistes anglo-saxons, l'idée d'un marché financier dédié aux entreprises sociales, aux "social business", qui leur permettrait de gagner autant en visibilité qu'en solidité, et d'augmenter leur moyens à coût de capitalisation décuplée par l'entrée en bourse et l'ouverture à un plus grand nombre aux parts de ces structures défendant leur double (ou triple) objectif de pérennité économique et d'impact social (et/ou environnemental) : l'idée de créer un Social Stock Exchange était née. (...)


Pourtant, nombre de projets annoncés en grande pompe n'ont pas vu le jour. Pour la plupart d'ailleurs, il ne s'agissait pas d'un réel marché financier régulé mais d'une reproduction virtuelle n'ayant de marché financier que le titre, quand elle n'était pas remplacée par l'appellation "place de marché" (marketplace). Portée par des fondations américaines ou par des startup en mal d'innovation, la revendication d'une place d'échange de parts ou au moins d'informations financières+sociales sur la double ou triple performance de ces organisations fait rêver.

 

La première raison, purement pragmatique, concerne le fait qu'un marché financier sert avant tout à... financer. Et donc à augmenter (ou pas) la capitalisation d'une structure via la mise à disposition, dans des proportions et moyens régulés, à l'achat et à la vente, de parts de cette structure : les actions. Les plus solides de ces organisations seraient alors poussées vers le haut, ce qui ne pourrait qu'inciter celles qui ne sont pas encore listées à faire de leur mieux pour se structurer, etc ... Bien sur, l'idée du fonctionnement, de ces structures hybrides pour la plupart, sur un mode purement capitaliste en peut effrayer. Mais la vraie question reste : comment serait structuré un tel marché ? Prendrait-il en compte les spécificités de ces nouveaux champions du modèle d'action sociale entrepreneurialisé ? C'est peu dire des attentes d'une telle entreprise.

 

J'ai découvert lors de la 4th annual Social Business Conference à Londres, qu'un ancien du London Stock Exchange s'était jeté à l'eau. Pradeep Jethi y a travaillé 3 ans, entre autre sur le lancement d'une plateforme de responsabilité des entreprises et a lancé l'initiative avec son associé, Marc Campanale, le directeur du UK Social Investment Forum. Le projet n'est pas un rêve non plus : après une première levée de fonds, l'autorisation du gendarme des marchés financiers britannique, la Financial Services Authority (FSA), et la création du système de contrôle initial, le projet en est à la levée de fonds finale qui permettra l'officialisation du marché, marché qui sera d'ailleurs ouvert à l'international en terme d'entreprises listées. Pradeep prévoit une montée en douceur des structures listées, 10 la première année, puis 36 et 50+ la troisième année.

 

Il ne faut pas oublier qu'un marché financier est avant tout une plateforme pour un nombre considérable d'autres opérateurs qui peuvent venir proposer de nouveaux services et enrichir considérablement tant l'analyse du secteur que sa professionnalisation ; c'est avant tout une infrastructure. Je croise donc les doigts pour que ce projet voit le jour avec succès, et qu'il permette à d'autres de naître pour faire croître ce secteur si prometteur !