| De l'identité numérique des institutions |
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| Ecosystèmes - Mouvements & Paradigmes |
| Écrit par Damien Roussat |
| Dimanche, 14 Mars 2010 18:48 |
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L'identité numérique des institutions se confond-elle, dans ses formes, avec l'identité numérique des particuliers, même de façon étendue ? Pour les institutions, l'identité numérique se limite-t-elle à la notion de e-réputation, de gestion de marque en ligne, où y a-t-il plus que ça ? Et enfin, quelle nuance existe entre l'identité numérique des institutions et celles des organisations au sens plus large ? Et quel intérêt de se pencher sur ces questions ? C'est à ces questions que cet article se propose d'articuler un début de réponse. Après un mois et demi d'interruption, TRANSformes revient sous sa forme hebdomadaire. Place aux articles ! (...)
Indépendamment de l'existence d'un modèle économique que les organisations mais aussi les institutions partagent (pas le modèle, mais son existence), et du rôle distinct de chacun dans le paysage économique, une institution est, par définition, un type spécial d'organisation. Par organisation, nous entendons : "toute structure ou société suivant une logique propre pour l'atteinte d'un but spécifique" [1]. Les organisations englobent donc une part formelle, représentée par les entreprises (le secteur privé), les institutions publiques (le secteur public), et les organismes de la société civile (le tiers secteur). Plus spécifiquement donc, une institution est "une structure d'organisation d'origine humaine et destinée à s'inscrire dans la durée" [2]. Après ça, Wikipédia distingue plusieurs aspects au mot institution, dont un aspect politique (ministères, chambre des députés), un judiciaire (tribunaux, cour de justice), un religieux (autorités religieuses), un culturel ou encore un académique (collège de France, Académie française). C'est par l'aspect anthropologique et sociologique que le terme s'élargit cependant, en dehors du cadre strictement public, pour désigner les structures "établies par l'arbitraire" [2] (par opposition à l'instinctif) et "sociale dotée d'une certaine stabilité dans le temps. C'est une règle du jeu acceptée socialement." [2]
Au delà d'une facilité du jeu de la définition, examinons maintenant la relation à l'identité numérique. L'identité numérique est, aujourd'hui, sur toutes les bouches. Enjeu d'actualités pour les sociétés de l'information, garante d'une nouvelle intégrité de l'être face à la prolifération des réseaux et d'une virtualisation de nombreux systèmes et activités, l'identité numérique fascine autant qu'elle effraie. Plus abordable, la notion d'e-reputation, qui désigne la gestion de sa présence en ligne, au travers des blogs, médias en ligne et autres réseaux sociaux, commence à être bien documentée et vulgarisée par la presse tant spécialisée que grand public, que ce soit d'ailleurs en ligne ou non.
L'identité numérique ne serait qu'elle qu'un synonyme de l'e-réputation ? Pas vraiment. Car là où l'e-réputation n'est que visibilité sur le réseau, donc extériorité, l'identité numérique s'étend à la réflexion propre de chacun sur ce même réseau, qui représenterait alors une intériorité. Car l'identité, au sens large, inclut en plus de cette image que les autres perçoivent de nous, l'image que nous avons de nous-mêmes. L'identité numérique n'échappe pas à cette règle : l'e-réputation n'est donc que la partie émergée de l'iceberg, tandis que l'identité numérique, imaginée des autres autant que de soi-même, car nous n'en percevons que la part que les autres ne peuvent percevoir. En d'autres termes, l'identité numérique, bien que plus saisissable que l'identité réelle, recouvre plusieurs réalités subjectives qui ne peuvent s'accorder en une objectivité que parce que ces représentations sont dénombrables et que l'on peut donc en dresser une liste exhaustive. L'identité numérique se heurte donc ici au même biais qui existe dans le passage de l'analogique au numérique : la discontinuité provoquée par la discrétion (au sens mathématique du terme) du signal continu.
Qu'en est-il alors de l'identité numérique des institutions, puis des organisations ? Pour que l'identité numérique puisse s'étendre au-delà de l'e-réputation pour les institutions, il faut pouvoir appréhender leur intériorité. L'espace intérieur d'une institution est vécu et défini par les personnes physiques qui la constituent, par exemple ses employés. L'intériorité numérique d'une institution serait alors l'ensemble des usages, contenus et représentations qui sont faites en interne, sur les espaces sécurisés et réseaux locaux, hermétiques à un regard extérieur - sinon celui d'éventuels pirates, qui viennent provoquer alors une rupture entre l'extériorité et l'intériorité ; ils brisent l'étanchéité des représentations interne et externe. L'institution, de part le rôle prépondérant qu'elle joue dans le bon fonctionnement de la société, tend plus qu'une personne physique à soigner son image extérieure ; sa réputation. Plus qu'à la soigner, elle cherche à la contrôler, et par ce moyen à contrôler l'image que les personnes qui lui sont extérieures ont d'elle. L'identité numérique devient alors un moyen tant pour contrôler ses représentations externes qu'internes, en cela qu'elle peut agir sur ses propres agents. En cela, l'essence de l'identité numérique ne diffère pas de l'identité réelle, car les institutions ont toujours agi en ce sens.
Les organisations, comme par exemple celles de la société civile, construisent leur identité numérique en plusieurs sens. Elles le font la plupart du temps comme les institutions, pour contrôler leur image, mais aussi de plus en plus pour se définir elles-mêmes. Par économie de moyens ou par volonté de rapidité, de plus en plus d'organisations développent leur identité numérique comme une co-construction de leur propre identité organisationnelle : comme le reflet que l'Autre nous renvoie de nous-mêmes, exception faite que l'Autre ici représente les usagers des espaces virtuels.
Y a-t-il alors, corrélation entre identité numérique et identité réelle ? Il n'y a pas de réponse unique à cette question. Si oui, alors c'est que l'institution ou l'organisation cherche à recréer une continuité entre son extériorité et son intériorité, tant pour se protéger d'éventuelles ruptures entre les deux, que pour assurer une transparence ou une honneteté qui est tout à son honneur ; si non, alors l'identité numérique ne devient qu'un moyen de manipulation de plus, au service d'une opacité qui agit sur les agents qui la composent comme une nouvelle force coercitive à la disposition d'intérêts toujours plus personnels.
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