| Investir sur le Web, du capital... social ? |
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| Entrepreneuriats - Plateformes Web |
| Écrit par Damien Roussat |
| Dimanche, 17 Janvier 2010 10:11 |
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Avec l'essor des services financiers et de leurs pendants informatiques, les sites d'investissement en ligne ont connu une importante croissance. Des plateformes comme Boursorama, le plus célèbre dans l'Hexagone, ont connu un succès tel que la structure s'est transformée en banque (pour obtenir le statut de banque en France, une entreprise doit posséder plusieurs milions d'euros en fonds propres). Ces sites et autres services d'investissement viennent tous se greffer sur une infrastructure bien connue de tous : les marchés financiers. Standardisés, les échanges de données sur ces gigantesques carrefours de l'information sont transformés en actions et autres instruments financiers.
Qu'en est-il du côté des financiers responsables ou solidaires, ainsi que des autres pans de l'investissement comme le private equity, l'investissement en fonds propres, et ses versions françaises comme le capital-investissement et le capital-risque ? Nous nous penchons ici sur trois de ces plateformes, CapitalConnect, ClearlySo et Alternativa. (...) CapitalConnect est une initiative d'EDA Rural Systems, une entreprise indienne de conseils et de services en micro-entreprises et en microfinance, agissant dans les régions pauvres, notamment en Asie du sud-est, depuis 25 ans. Ce n'est qu'en avril 2008 que naît pourtant CapitalConnect, dirigé par Sanjay Sinha, également co-fondateur d'EDA et directeur exécutif de M-CRIL, une agence de notation d'institutions de microfinance (IMF), filiale du groupe.
CapitalConnect est en fait une plateforme de mise en relation entre investisseurs et entreprises sociales. C'est-à-dire que son rôle s'arrête au moment où, grâce à des recherches et des discussions, deux entités en viennent à conclure un accord d'investissement, en dette ou en fonds propres (debt ou equity), c'est-à-dire une transaction financière. A ce moment là, elles se rejoignent "dans la vie réelle", et concluent hors ligne leur accord comme si elles n'étaient jamais passé par Internet. Pourquoi, me direz-vous, ne pas aller jusqu'au bout et proposer également un service en ligne de transaction ? Tout simplement parce qu'acheter une action demande un certain nombre d'informations disponibles publiquement, et que ces services passent par des goulots de sécurité assez importants, alors qu'une transaction en capital en lien direct avec une structure qui n'est connu ni d'Eve ni d'Adam et qui a donc beaucoup moins d'obligation de publications ou de transparence qu'une société côtée en bourse. En effet, prendre des parts dans une structure est beaucoup plus engageant et long que d'acheter une action en ligne. A noter que CapitalConnect se rémunère tout de même en pourcentage de la transaction, même si celle-ci s'est passée hors ligne. A espérer qu'un système anti-fraude ait été mis en place.
La question de la sécurité des transactions de ce type en ligne explique peut-être les 128 membres seulement, répartis dans 28 pays, presque deux ans après sa création. Ou alors, est-ce le fait que sur ces 128 membres, on ne dénombre, via la carte interactive disponible sur le site, que 7 investisseurs inscrits... Alors, la mise en relation en ligne, une idée intéressante mais qui rend les investisseurs frileux, par risque, peut-être, de fraude trop facile ? D'autres réseaux de mise en relation jouent pourtant sur ce créneau avec, semble-t-il, plus de succès, comme le site anglais ClearlySo.
ClearlySo est également un site de mise en relation d'investisseurs et d'entreprises sociales, basé sur le modèle de la commission. Cependant, depuis sa création en mars 2008, soit juste un mois avant CapitalConnect, le site a dépassé les 500 entreprises adhérentes ; et le nombre d'investisseurs n'est pas donné. Pourquoi cet écart ? Parce que l'un est en Inde, et l'autre est au Royaume-Uni ? Probablement pas, car EDA, le groupe fondateur de CapitalConnect, dispose également d'une filiale à Londres. Probablement plus du fait que ClearlySo a cherché à développer un effet réseau très fort, organisant des évènements, négociant des prix de groupe sur des services annexes pour ses membres, et offrant une foule d'autres informations pouvant les intéresser. Pari gagné pour son lancement, mais peut-être plus difficilement pour la suite : en effet, pour attirer plus de membres, il faudra plus d'animation de réseau, et plus de services annexes, ce qui a un coût en ressources non négligeable. Tout se jouera surement sur la monétisation de ce réseau d'entreprises innovantes socialement, qui fait le coeur de métier de ClearlySo.
Les deux plateformes dont nous venons de parler concernent toutes les deux des entreprises sociales, mais dans l'histoire de l'investissement en capital-risque moderne, ce sont souvent les entreprises à fort potentiel et innovante technologiquement parlant auxquels ces investisseurs là faisaient les yeux doux. Et pour l'investissement en ligne ? Voici ici un modèle intéressant, venu de Suède, qui tente de répondre à cette problématique, Alternativa.
Né en Suède de Carl Johan Högbom, ancien Directeur Général de la Bourse de Stockholm, et arrivé en France fin 2006, Alternativa est une plateforme, cette fois-ci, d'investissement entièrement en ligne dans des sociétés non-côtées. L'idée est de donner aux PME innovantes un instrument financier leur permettant de recevoir des capitaux avec la même facilité (ou presque) que la bourse, via le système d'information derrière la plateforme Web. Ici, une publicité alléchante tournée vers les investisseurs avisés souhaitant réduire leur ISF ou optimiser leur fiscalité promet un mécanisme fluide et un véhicule d'investissement dans les PME efficaces.
Pourtant, petite déception au regard du nombre d'entreprises ayant bénéficié des services d'Alternativa (avec succès, donc) : 9. Depuis 3 ans ? L'historique des investissements manque peut-être, mais cela semble peu et peu d'informations sont d'ailleurs publiées, malgré l'existence d'une section rapports, capital et statistiques. Pas de graphiques, d'évolution du CA, des employées ? C'est dommage car cela aurait surement été une plus-value capable d'attirer plus de trafic, même si ce genre de services est souvent coûteux en développements informatiques.
Quelles conclusions tirer de l'observation de ces trois plateformes ? C'est que dans tous les cas, l'investissement en ligne hors des sentiers battus coûte cher et rapporte peu, malgré ce qu'on pourrait penser. Les investisseurs ne s'y précipitent pas, justement parce qu'ils savent que la technologie ne résout pas le problème de la fiabilité des infrastructures et véhicules financiers qui garantissent aux transactions de ce type de se dérouler avec un taux de succès élevé. Chimère du Web alors ? Peut-être pas ; en effet, avec la diminution du coût de certaines technologies et l'amélioration d'autres aspects comme la sécurité des transactions, notamment par la signature électronique ou les certificats, pourraient permettre de voir un champion trouver sa place. Pour l'instant, ce n'est malheureusement pas encore un secteur arrivé à maturité. |









