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Où en est la transparence en microfinance ? PDF Imprimer Envoyer
Entrepreneuriats - Plateformes Web
Samedi, 05 Décembre 2009 07:38

La microfinance a connu une croissance forte sur ces dernières années, notamment dûe à sa popularité grandissante et à l'intérêt des foules pour ces nouveaux modèles hybrides qui tentent de croiser pérennité économique et impact social. Néanmoins, plusieurs scandales et vives critiques sont venus questionner le modèle, comme la désormais célèbre introduction en bourse de l'Institut de MicroFinance (IMF) mexicaine Compartamos. Plusieurs personnes ont également élevé la voix lorsqu'elles apprirent les forts taux d'intérêts appliqués, parfois de l'ordre de 80% annuellement. Face à ces remarques propres à mettre en danger l'ensemble du secteur de la microfinance, en pleine transformation industrielle, plusieurs initiatives, indépendemmant des agences de notation, ont cherché à apporter une meilleure transparence à la microfinance et une information de qualité. Deux d'entre elles sont l'objet de cet article : le MIX Market et MFTransparency. (...)

 

Le MIX Market est un incontournable de la microfinance. Transformé en entreprise en 2002, le MIX est une initiative du Consultative Group to Assist the Poor (CGAP), et a été financé par plusieurs gros bailleurs de fond comme l'IFAD, la fondation Citi ou la fondation Bill & Melinda Gates. C'est une plateforme Web d'information sur les acteurs de la microfinance - principalement les IMF donc, mais pas que -, qui permet de connaître les répartitions géographiques, les réseaux auxquels chaque acteur appartient, ainsi qu'un nombre important de données financières quantitatives, et nombre d'informations sur les structures elles-mêmes (notamment leur structure juridique, date de création, etc). Relookée l'année dernière (ou cette année, petit doute), la nouvelle version du MIX Market, en plus d'incorporer nombre de nouvelles données et une interface plus "user-friendly", permet d'avoir une vue synthétique de l'activité de chaque acteur via une série de graphiques consultables en ligne. Le MIX Market fait penser, sans faire d'amalgame, à Boursorama pour ce qui concerne les marchés financiers du système économique principal. Le MIX Market reste aujourd'hui la référence pour s'informer et rassembler de nombreuses informations clés sur la microfinance, d'un point de vue qui reste cependant très professionnel, et de moindre utilité pour le grand public.

 

MIX Market

 

MFTransparency est une initiative bien plus récente. Lancée à l'été 2008 par Chuck Waterfield, toujours directeur exécutif, MFTransparency a d'abord lancé une campagne de communication auprès des praticiens du secteur sur l'importance de la transparence des calculs de taux d'intérêt à appliquer et des prix des produits financiers de microfinance standards. Chuck est un ancien de Microfin, un logiciel dédié aux opérations des IMFs et qui a été réalisé conjointement avec le CGAP (le monde de la microfinance est un petit monde !) .Plus de 250 professionnels ont appuyé publiquement l'initiative, qui a collecté pendant le premier semestre 2009 une quantité très importante de données dans plusieurs pays, notamment la Bosnie-Herzégovine et le Cambodge, qui ont été récemment publiées et sont désormais accessibles sous forme de tableaux ou de graphiques. De nombreux autres pays sont en préparation et l'équipe du projet parcourt désormais le monde pour accomplir sa mission, salué unanimement il me semble par la profession !

 

MFTransparency

 

Quelle analyse tirer de ces deux initiatives ? La première, c'est de voir la structuration qui est à l'oeuvre dans ce qu'on appelle déjà "l'industrie de la microfinance". Malgré le côté social qui constitue tout l'intérêt et l'âme de la microfinance, il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'un secteur financier, et que toutes les rigueurs qui s'appliquent au secteur financier classique s'appliqueront de plus en plus à la microfinance, et nous ne pouvons que saluer ce genre d'initiatives. Néanmoins, il y a un juste milieu à trouver, car la régulation et la standardisation ne doivent pas nuire à la réalité du terrain qui en constitue le coeur. Les IMFs sont très hétérogènes et le contexte de leur progression change complètement d'un pays à l'autre. Bien que cette transparence permette aux bailleurs de fonds et aux investisseurs d'agir en meilleure connaissance de cause (et donc plus fortement), la finalité du terrain, l'impact, ne doit pas sortir du cadre des objectifs de la microfinance, sous peine de tomber aux mains de gens peu scrupuleux d'aider les bénéficiaires de la microfinance à améliorer leurs conditions de vie, et d'être détourné par une cupidité qui, avouons-le, fatigue un peu à la longue...

 

C'est aussi l'occasion d'observer comment le Web peut, grâce à une inteface appropriée et à une qualification des données, permet un accès démultiplié et (quasiment) gratuit à une information de qualité. Ce monde virtuel contribue, peut-être un peu, aussi à améliorer cet impact positif qui fit le succès de la microfinance ?